Haïkus en 2 roues

Si la pratique régulière de la course à pied m’a inspiré nombre de haïkus (voir Footing et Haïku),
ma « reconversion » au vélo (effets de l’âge et d’une certaine lassitude …) m’est également source d’écriture. Alors, enfourchons nos bicyclettes et en partons sur les routes !

revêtement neuf –
le circuit fléché m’abandonne

en rase campagne

raidillon du col –
mon vélo aussi
se met à couiner

groupe de cyclos –
comme eux je lève juste
deux doigts de mon guidon

vent de dos –
le bruissement des peupliers
m’emporte

sommet de la côte –
un Ave en reprenant souffle
devant la chapelle

un coup de pédale
dans la courbe à droite
le chant d’une mésange

dernière sortie de l’an –
0° au thermomètre
3.019 au compteur

entortillé
dans l’étrier de mon frein
un fin duvet blanc

Assomption –
mes freins tissés
de fils de la vierge

de ma chute
du début des vacances
un rond rose au genou

trou dans la chaussée –
la barre de céréales
saute de ma main

dernier raidillon –
de la fenêtre d’une voiture
un pouce levé

500 mètres en montée
à m’escrimer pour ouvrir
le sachet de biscuits

entre deux bornes
calculant le dénivelé
… pour oublier la pente

devers à la sortie
de l’épingle à cheveux
– une dent gagnée

ce col tant rêvé
cet hiver sur la carte
– j’y sue à grosses gouttes

ma roue à hauteur
de son pédalier
– nos paroles au vent

dernier lacet
de la longue descente –
des crampes aux mains

virage en roue libre –
mon ombre sans effort
revient à ma hauteur

soudain à ma pédale
les aboiements d’un chien
– adrénaline

le vent dans les oreilles
je n’entends plus
mon vélo couiner

descente du col –
un insecte à 50 à l’heure
en plein front

longue montée –
les tournesols aussi
courbent l’échine

combe silencieuse –
le cliquetis du pédalier
et les chants d’oiseaux

vent de côté –
je descends de vélo
avec un torticolis

du prochain virage
au virage prochain
… le sommet du col

soleil de fin d’été –
le cliquetis métronome
du pédalier

longue ligne droite –
la Terre tourne
sous mes roues

descente en roue libre –
des moucherons dans la poche
de ma chemisette

trois battements d’ailes
un papillon m’accompagne
trois coups de pédales

voie cyclable –
je transporte un escargot
sur le bas côté

rude montée –
le salut d’un vieil homme
pour m’accompagner

derniers lacets du col –
tout ce que j’en ai vu :
l’asphalte devant ma roue

soleil du matin –
sur son vélo, mon ombre
roule dans les champs

à vélo vers Goult
dans le soleil du matin –
la vie en pente douce

virage serré –
ma jambe léchée
par les hautes herbes

petit pont de pierre –
je passe du versant de l’ombre
à celui des cigales

route de la combe –
le cliquetis de ma chaîne
sort du mur de pierre

matin de Pâques –
mon cœur à toute volée
dans la côte finale

nuages noirs –
pile sur mon compteur
la première goutte

rue pavée –
la sonnette d’un vélo
tintinnabule

debout sur les pédales
en équilibre sur le fil
des pavés mouillés

nuages d’orage –
slalom entre les limaces
sur la voie cyclable

arrêt pipi –
l’âne mâchonne une herbe
en me regardant

petit matin –
les voix accordées des criquets
et de ma roue libre

virage en descente –
une compagnie de perdrix
aussi surprise que moi

nouvelle leçon –
ne pas manger de madeleine
en grimpant une côte

à point nommé
trente mètres moins pentus
pour un coup de bidon

longue montée
face au soleil levant –
ma roue pour horizon

en guise
de petit déjeuner
le col de la Liguière

braquet 48×14
l’hirondelle me distance
d’un coup d’aile

derrière ma roue
la brume
se referme

pneus regonflés –
le grain de la route
chante juste

descente du col –
l’impact d’un insecte
mon casque

devant ma roue
le slalom à ras du sol
d’une hirondelle

dans le velcro
de mes gants de vélo
des brins d’herbe sèche

« Sommet : 1 km
Pente à 9,2 % »
– mon pédalier grince

changeant de braquet
le claquement des gouttes
à mes trousses

nuages du col –
des gouttelettes de brume
au bout de mes cils

arrêt au sommet –
une dizaine de mouches
sur mon guidon

changement d’heure –
le compteur de mon vélo
… déjà en été

rosée d’automne –
des fils de la vierge
entre les poignées de frein

chemin de halage –
deux cyclos sur le petit braquet
parlent du Ventoux

descente en roue libre –
le vent siffle au goulot
de ma bouteille

soleil du matin –
un papillon dans les rayons
de ma roue avant

couchant –
pédalant sous l’œil
mi-clos de la lune

l’ombre de mes roues
en équilibre sur
l’ombre du muret

sur mon guidon
une coccinelle
équilibriste

pluie glacée et vent de face
tête baissée, grimaçant
… pédaler pourtant

Copyright Damien Gabriels (2004 – 2017)