Citations haïku

Des citations autour du haïku, par des auteurs divers : Kenneth White, Jean-Pierre Siméon, Henri Brunel, Sôseki, Jack Kerouac, Yves Gerbal, Maurice Coyaud, Thierry Cazals, Jean-Philippe Arrou-Vignod, Robert Mélançon, Paul Bergèse, Issa, Bashô, Stéphane Audeguy, Maurice Pinguet, Thierry Gosset, Philippe Jaccottet, Michel Jourdan …


Dernière mise à jour : 31/10/2016

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« La facilité apparente de ces vers cache un état d’esprit particulier, une sérénité souveraine qui permet d’entrevoir la profondeur et le mystère de toute vie avec une souriante simplicité. Leur vertu tient toute dans le choix des deux ou trois éléments dont ils sont faits, dans leurs rapports mutuels, et aussi bien, dans l’élimination de tout ce que l’on aurait pu dire de plus « .

Philippe Jaccottet – Nouvel an japonais in Tout n’est pas dit

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« Les haïkus ne sont pas que des poèmes. Ce sont des instants de vertige et d’acquiescement. Des instants vraiment habités où nous avons été émus, troublés, traversés par la pulsation de la vie.
[…]
On n’écrit pas pour rabâcher des certitudes, mais pour mieux mettre au jour la beauté de chaque instant avant qu’elle ne s’efface.
[…]
Le haïku n’a d’autre but que de nous faire sentir et ressentir – en direct – la pure magie d’un coeur qui bat … »

Thierry Cazals – Les herbes m’appellent

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« Toute circonstance ou évènement est l’occasion de haïkus. Il y a des haïkus partout dans l’univers. »

Michel Jourdan – Le promeneur secret

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« Vivre en poète transforme la vie sans l’accaparer. Avant d’être dans les livres et les propos de ceux qui s’en réclament, la poésie n’est-elle pas d’abord ravissement subit et muet, « illumination qui fait un avec le monde » (Roger Munier)? En tout cas, une écriture comme celle du haïku, écriture « mate » du particulier, de l’incomparable, mais avec quelle résonance intérieure ! rend compte mieux qu’aucune autre peut-être de la dimension éminemment sensorielle et instantanée de la poésie.

Le haïku est dans la nuance comme le sont les couleurs d’un paysage balayé de nuages rapides et de vent. […]

Enfin ! des poèmes qui sont autant d’expériences saisissantes de briéveté et de limpidité. Une écriture parlant aux seuls sens, à la grange de leurs ravissements, sans que jamais l’esprit ne vienne s’en mêmer et tout alourdir.

Le trait distinctif d’une telle expérience, qui est également d’une certaine manière celle de la photo, du trait de crayon rapide et de l’aquarelle – en ce qu’elle ne supporte aucune retouche -, tient en deux mots : « Cela fut ». »

Thierry Gosset – Pour toute la saveur du monde

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« Le haïku : un bout de réel noté tel quel, dans son insignifiance, où se condense tout l’évanescent de l’émotion. » (p. 31)

« Dans le haïku, trait bref et fragile opposé à la violence du temps, le peu qui reste du langage n’est plus qu’un résidu léger, simple tracé qui ne s’explique pas et qui montre seulement, comme du doigt, ceci ou cela, l’événement pur, l’afflux du réel dans son inépuisable contingence, l’instant d’émoi que l’innocence du hasard éveille au coeur silencieux. » (p. 56)

Maurice Pinguet – Le texte Japon

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« Personne ne fera jamais assez l’éloge du haïku. Ces poèmes qui vont droit au but et dont nous avons tant besoin. Ce n’est peut-être pas toujours de grands haïku que l’on écrit, mais même dans ce cas ils peuvent nous ôter un énorme poids des épaules – tout ce fardeau personnel. Ecrire un haïku, c’est sauter hors de soi-même, c’est s’oublier et prendre un bon bol d’air frais ».

Kenneth White – La Route bleue

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« … le haïku japonais, ce curieux papillon à trois ailes qui en vous effleurant à peine peut vous mettre cul par-dessus tête ».

Jean-Pierre Siméon – Aïe ! un poète

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« Le haïku est simplicité, légèreté, mise à nu de l’essentiel. Le haïku, c’est sur une table de bois, une fleur des champs. C’est le temps accordé au silence. Une grâce, un secret. Un oiseau qui se pose. Un instant sauvé, une brindille d’éternel. Un haïku, c’est la chance offerte de tout deviner, de tout comprendre, de tout aimer, en un éclair de trois vers. […]

L’auteur de haïku doit renoncer le plus souvent aux adjectifs, et toujours aux métaphores, aux « violons de l’automne », aux flamboiements, à la colère, au romantisme, à la nostalgie complaisante. Travail de nudité. Il doit saisir avec force l’image, rassembler dans sa main le présent tout entier, et laisser place au silence. Il s’efface, pour que naisse en un cœur l’étincelle, pour donner une chance si infime soit elle à l’Absolu. L’éternité est maintenant. L’auteur de haïku doit attendre le moment privilégié et ne rien attendre, être vigilant, accueillir. […]

Inventer des haïkus avec un grain d’humour, doser l’image, le sourire, la tendresse, la lucidité, la pointe légère, cueillir l’instant qui passe est un exercice de salubrité personnelle ».

Henri Brunel – Les plus beaux contes Zen / L’art des haïkus

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« Un haïku ne fait pas de phrase. Un haïku ne fait pas la roue. Un haïku est une ascèse. Justesse du coup d’oeil, modestie d’une écriture prompte à s’effacer. Pas d’image habile, d’adjectifs élégants, d’adverbes tonitruants, pas de coquetterie d’auteur. Un haïku réussi est celui dont « le langage n’est plus langage ». Juste l’esquisse d’un sourire, comme une porte qui s’entrebaîlle sur l’infini. »

Henri Brunel – Humour zen

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« D’ordinaire, je suis incapable de composer le moindre haïku quand je suis harcelé par la vie quotidienne. A plus forte raison, il est hors de question pour moi de songer seulement à composer un poème, tant la difficulté m’effraie. Mais quand il est donné de considérer de loin le monde réel, l’esprit totalement libéré des enchevêtrements du quotidien, alors les haïkus se mettent à affleurer tout naturellement, les poèmes, dans une excitation joyeuse, font leur apparition ».

Sôseki – Choses dont je me souviens

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« Le plus simple [pour retrouver un point de vue poétique] est de résumer en 17 syllabes tout ce qu’on trouve à portée de la main. Les 17 syllabes constituent la structure poétique la plus commode à maîtriser : on peut l’appliquer aisément en se lavant le visage, en allant aux toilettes, en prenant le train. La facilité de l’usage de ces 17 syllabes implique celle de devenir poète : il ne faut pas mépriser cette activité sous prétexte qu’elle est trop accessible et que la poésie exige une sorte d’initiation. Je pense que la commodité est bien au contraire une vertu qu’il convient de respecter. Supposons que l’on soit en colère : la colère prend aussitôt la forme de 17 syllabes. Sa transmutation en 17 syllabes en fait la colère d’un autre. Une même personne ne peut pas en même temps se mettre en colère et composer un haïku. On verse des larmes. On métamorphose ces larmes en 17 syllabes. On en ressent un bonheur immédiat. Une fois réduites en 17 syllabes, les larmes de douleur vous ont déjà quitté et l’on se réjouit de savoir qu’on a été capable de pleurer ».

Sôseki – Oreiller d’herbes

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« Un véritable haï-kaï doit être simple comme la soupe et cependant avoir la saveur de la réalité ».

Jack Kerouac – Les clochards célestes

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« Le haïku ne s’écrit pas, il se pratique. Le haïku ne se cherche pas, il se trouve.
[…]
Aussi rapide et aussi léger que le battement d’ailes d’un papillon, le haïku est une poésie minuscule pour conscience majuscule ».

Yves Gerbal – Haïkus de Provence Autres saisons

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« Dire cette part insaisissable qui en toute chose est ce qui précisément bouleverse. […] Désir de retenir ce qui fuit, de ne pas laisser échapper ce qui passe. Désir surtout de manifester son assentiment à tout ce qui survient : à ce qui bonnement est. […]
Gestes et images, immobilisés par le regard du poète, nous introduisent à un univers bizarrement suspendu, où toute gravité s’allège, où malheur et fortune, bonheur et misère s’équilibrent narquoisement. […]
Ne pas chercher à remplir ce qui doit rester accueillant au vide. Ne pas chercher à émonder ce qui ne demande qu’à éclore librement. Simplement, rester attentif au jeu imperceptible des mots du quotidien. Ils nous disent au plus juste de quoi sont faits les instants dont nous sommes faits : menues choses sur lesquelles le regard distrait passe sans s’arrêter, et qui sont pourtant la trame indiscutable de la vie, la substance de toute mémoire. […]
Autant de lieux dont la feinte étroitesse s’ouvre ironiquement sur l’illimité. Autant de façons de prendre le temps au piège – sans en avoir l’air ».

Maurice Coyaud – Fourmis sans ombre

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« Le haïku ne nous apprend rien. Il nous déleste, nous vide de toute prétention. Il nous invite à redevenir ce que nous sommes : une vaste caisse de résonance prête à vibrer au moindre frisson de vie. »

Thierry Cazals

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« Cet éblouissement tient à très peu.

La ligne noire d’un cyprès dans le paysage, une fontaine qui goutte, un cri d’oiseau – quelque chose, brusquement, s’impose à nous, forçant notre distraction. Peut-être l’avons nous rencontré mille fois depuis notre naissance. Mais, pour la première fois, nous le voyons, nous l’entendons, et cela seul suffit à nous plonger dans l’enchantement. C’est le grain du réel que nous touchons, son détail le plus anodin et qui pourtant nous arrête, émerveillés, nous laissant entrevoir d’un seul regard toute la beauté du monde.
Il faudrait, pour rendre ce bonheur-là, l’art des anciens japonais. La main suspendue du peintre, du calligraphe ou du compositeur de haïku.
La lenteur, l’acuité qu’il suppose nous échappent souvent. »

Jean-Philippe Arrou-Vignod

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« Bashô a proposé du haïku une définition laconique : « c’est simplement ce qui arrive en tel lieu, à tel moment ». Chaque mot porte. « C’est » : le haïku ne décrit pas, ne représente pas, ne raconte pas, n’évoque pas ; il est, il dit, sans plus. « Simplement » : sa principale, son unique règle consiste à énoncer sans fioritures, sans métaphores, sans images, sans ornements – en un mot, sans recherche. Si on veut dire qu’il pleut, soutenait Léautaud proche en cela de l’esprit du haïku, qu’on écrive : « il pleut ». Cela revient à s’imposer une discipline impitoyable tant il s’avère difficile d’écrire sans faire l’intéressant, sans en rajouter, sans céder à la tentation puérile d’étonner. Presque toute la littérature se nourrit de surenchère ; le haïku s’en préserve comme sans y penser, en esquivant ce qui développe, déduit, explique, enveloppe, enrobe, prolonge. Telle semble la raison de sa brièveté : couper court, c’est mieux que torde le cou à la rhétorique, ne lui offrir aucune occasion. « Ce qui arrive » : le haïku n’imagine rien, n’invente rien, n’affabule pas, au point qu’il n’existe sans doute pas d’art plus réaliste ; il dit ce qui se produit, ce qu’il dit se produit. « En tel lieu, à tel moment » : un haïku est toujours précisément d’un temps et d’un lieu, hic et nunc, ici-maintenant.
[…]
Tout commence au moment (où le haïku) s’arrête, dans le blanc qui s’ouvre après son dernier mot. Un haïku ne finit pas : il compte dix-sept syllabes, si on y tient, et le silence sans bords qui suit, qu’il a rendu possible, qu’il a suscité, qu’il a ouvert, qu’il s’incorpore. Nos poèmes se referment sur leur point final ; un haïku continue sans fin au-delà de son troisième vers. Ses mots n’ont fit que préparer aussi rapidement qu’il se pouvait un silence plein, qui s’étend par nappes calmes à l’infini.
[…]
Le haïku prend son parti du monde comme il va, il prend le parti de ce qui est et place l’homme parmi les choses sans lui conférer le moindre privilège sur la fourmi ou l’escargot, sans l’écraser non plus sous l’immensité du ciel étoilé. Nulle poésie n’expulse plus radicalement le souci métaphysique. L’homme du haïku, au fil des saisons, dans un temps qui suit son cours naturel, habite un monde où tout apparaît sous un jour à la fois mystérieux et familier qui est la poésie même ».

Robert Mélançon – Préface au recueil d’André Duhaime «Cet autre rendez-vous»

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Le haïku se lit
comme on boit
son café.
Une gorgée,
pas plus,
et puis l’on pense.

Paul Bergèse – Le coucou du haïku

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« Si l’on retourne à l’esprit véritable en se consacrant entièrement à cet art, alors les fleurs et les papillons, le vent et la lune, restent bien sûr des thèmes, mais aussi tout ce qui passe devant nos yeux ou est ressenti dans notre coeur est matière à haïkaï ».

Issa (in Les Grands Maitres du Haiku)

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« Que ton vers ressemble à une branche de saule touchée par une ondée légère, et qui par moments se balance dans la brise ».

Bashô

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« La brièveté en poésie n’est pas tant le signe d’une modestie que celui d’un orgueil : il s’agit de parler peu, mais de dire l’essentiel : soit, en l’espèce, non le général, mais le singulier ; et ce qui, dans le singulier, frémit universellement. D’où, chez les poètes japonais de la forme brève, l’importance des petits animaux, des insectes, des fleurs : signe indubitable d’une folie éminemment sympathique, et raisonnée, des grandeurs. »

Stéphane Audeguy (Petit éloge de la douceur)

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