Footing et Haïku

Une série de haïkus extraits de mes carnets et ayant pour thème commun la course à pied.
La pratique régulière du footing m’est source d’observations et de sensations.
Alors, forcément cela se traduit en haïkus !
Peut-être les adeptes de la course à pied y retrouveront-ils aussi quelques situations vécues …

sentier littoral –
dernier lever de soleil
pour mes vieilles runnings

frange de sable dur –
ma course vespérale
léchée par les vagues

reprenant la course
après deux mois de pause
– la même pluie

fin de footing –
une petite mouche
pour nouvelle amie

longue ligne droite –
la Terre tourne
sous mes foulées

chaleur matinale –
le ballotement en rythme
de l’eau dans la gourde

matin d’anniversaire –
tout au long de ma course
le cri des grenouilles

course à l’aube –
des fils d’araignée le reflet
puis la caresse

bonne résolution –
j’achète des chaussures
pour coureur régulier

footing matinal –
corps à corps avec le vent
… et mes pensées

footing matinal –
plus de mouches
que d’humains

de l’ombre au soleil
du soleil à l’ombre
ma course matinale

fin de footing –
comment retracer
le fil de mes pensées ?

larmes de sueur –
le sillage Dior J’adore
d’une joggeuse

allée de prunus –
souffle court sous l’averse
de pétales mouillés
(1ères Foulées Leersoises – 02/05/2010)

croisée de chemins –
je prends celui
de neige vierge

lendemain de Noël –
un joggeur accroupi
dans le sous-bois

alerte à l’ozone –
mon footing du soir
à petites foulées

reprise de course –
une heure à guetter
le retour de la douleur

soleil levant
et vent de face –
mon ombre à la traîne

petit vent du soir
sous les tilleuls en fleurs –
quelques foulées avec Rimbaud

footing du soir –
seul avec mes pensées
et le vent dans les feuilles

course vent de face –
la joggeuse que je croise
me sourit

à chaque foulée
l’oeil attiré par le blanc
de mes chaussures neuves

chaussures neuves
… et pourtant les mêmes
temps de passage

fin de course –
un pétale de cerisier
collé à ma chaussure

ouvrant la bouche
pour reprendre souffle
… un moucheron !

course sous le crachin –
le parfum « Tendresse pêche »
de mon tee-shirt

dimanche matin –
d’autres coureurs avec
deux jours de barbe grise

footing en soirée –
des odeurs de cuisine
dans le centre ville

d’un bout
à l’autre du pré
le regard des vaches

footing d’entre fêtes –
comment dire le vol
de la grue ?

footing du soir –
à l’appel du fermier
trois vaches au pas de course

chemin en sous-bois –
le bruissement des feuilles
dans mon sillage

au long des champs
épandus de fumier
footing en apnée

étirements –
un carré de trèfles
à trois feuilles

footing –
dans la boue du chemin
mes empreintes d’hier

canards moqueurs –
pourquoi ces ricanements
quand je passe en courant ?

course solitaire –
le cliquetis des clés
à chaque foulée

au long du footing
un haïku travaillé
– et retravaillé

« il n’est pas méchant »
oui, mais sur mes mollets
son museau humide …

soleil du matin –
mon ombre court
dans le champ labouré

souffle court, jambes lourdes
et pourtant le parfum
des aubépines

pluie et vent de face
tête baissée, grimaçant
une foulée après l’autre

ombres du soir –
au long du footing
toute ma journée défile

jogger en fauteuil roulant –
plus envie de me plaindre
de mes crampes

passage à l’ombre –
mon tee-shirt constellé
de moucherons

au réveil
raideurs d’après footing –
la pluie sur le toit

course matinale –
chasser les brumes de la nuit
peuplée de fantômes

dernier footing –
que dureront mes empreintes
dans le sable du sentier ?

fin de course –
du haut d’un peuplier
deux corbeaux à l’affût

dernier jour de l’an –
mon footing matinal
pour boucler la boucle

sentier étroit
filant à travers champs
– course funambule

sweat à manches longues
pour la course au petit jour –
l’été capitule

soleil de fin d’été –
le cliquetis métronome
de mes clés

dernières foulées –
du sentier des collines
m’emplir les poumons

souffle court
dans la dernière montée –
huit coups au clocher

arrêt pipi –
le joggeur consulte
ses SMS

runnings neuves –
j’évite sougneusement
flaques et crottins

course sur la digue –
l’ombre du garde-corps
pour fil d’Ariane

jogging d’après pluie –
croisé deux limaces
et trois escargots

matin de septembre –
le brouillard en gouttelettes
dans les poils de mes jambes

course matinale –
par une fenêtre ouverte
la voix d’Homer Simpson

pas même un regard
du coureur à l’iPod –
le chant des oiseaux

footing matinal
parmi les chants d’oiseaux
un parfum d’aubépines

coup de vent –
un pétale de prunus
collé sur mon dossard
(1ères Foulées Leersoises – 02/05/2010)

place du village –
j’accorde ma foulée
au battement du glas

la joggeuse que je passe –
à son tour de jeter
un coup d’oeil sur mes fesses ?

Epiphanie –
mon ombre à petites foulées
sur la glace du canal

samedi d’août –
d’un passage d’ombre à l’autre
ma course en zigzags

footing – pour gagner
la bienveillance du chien
je salue le maître

course matinale –
effluves de pain frais
devant l’hôtel****

longue ligne droite –
deux foulées par marque blanche
jusque l’horizon

footing matinal –
à peaufiner ce haïku
oubliés mes mollets !

tenue dernier cri –
le joggeur ne répond pas
à mon salut

course vent de dos –
je ralentis en passant
entre les aubépines

footing du soir –
effluves de glycine
… et de barbecue

footing en bord de mer –
une escadrille de nuages
patrouille à l’horizon

crachant vers le large –
un peu d’écume en plus
dans la prochaine vague

de nouveaux visages
sur mon parcours de footing –
premier dimanche de l’an

premier footing de l’an –
mon parcours habituel
… en sens inverse

premier footing de l’an –
je n’ai pourtant pas repris
de bûche au moka …

retour de footing –
un moucheron m’accompagne
jusque sous la douche

course dans le brouillard –
une heure à tutoyer
une autre dimension

jour sans –
mon souffle retrouvé
en vue de la maison

la sueur de mon front
goutte à goutte sur le sol –
une fourmi groggy

fin de footing –
2 m² d’asphalte
pour tout horizon

course à travers champs –
au coup du canon à gaz
mon cœur accélère

ma main bien à plat
sur le tronc du peuplier –
point de demi-tour

footing aller …
footing retour …
– le même vent de face

footing vent de côté –
tous mes crachats jusqu’au
milieu du canal

course face au vent –
l’horizon rempli de sueur
et de larmes

étirements en équilibre
sur une jambe –
un héron sur l’autre berge

toutes les six foulées
l’ombre d’un peuplier
… et ses racines

footing face au vent –
le ricanement des canards
tout au long du canal

vent glacé et soleil –
footing aller en hiver
printemps au retour

retour de footing –
mon fils me dit :
« tu sens le vent »

dernier footing de l’an –
de l’autre berge du canal
deux corbeaux m’observent

Copyright Damien Gabriels (2004 – 2012)