Haïku sans domicile fixe

Un recueil en ligne dédié à celles et ceux que nous croisons chaque jour, et que bien souvent nous ne voyons plus  : SDF, sans-abris, mendiants, nomades, roms, clochards et autres « habitants » de nos rues…

flot des passants –
le vieux mendiant
parle à son chien 

petit matin –
devant le café fermé
le même homme qu’hier

froid polaire –
comme tous les midis
le bonjour du mendiant

duvet bien à plat
et couverture pliée –
son coin de porte au carré

veille de Noël –
quelques pièces de monnaie
dans son bonnet rouge

camp rom –
un gamin assis devant
un feu de palettes

pause déjeuner –
les béquilles du mendiant
au pied du feu rouge

trottoir du centre minceur –
une SDF me demande
un ticket restau

soir d’encombrants –
les cartons neufs
du sans-abri

entre égout et canal
la tente du SDF
grande ouverte au soleil

soirée glaciale –
une ombre assise
dans le lavoir automatique

lèche vitrine –
coup de pied dans la soucoupe
d’un mendiant !

20 cents dans sa casquette
la calvitie bronzée
de l’accordéoniste

parc du centre ville –
à la radio du SDF
les cours de la bourse

sur son bras maigre
un prénom de femme
presque effacé

pour miroir une vitrine
pour peigne ses dix doigts
le SDF

ruelle grise –
un amas de couvertures
en chien de fusil 

un homme fouille
chaque poubelle de la place
– jusqu’au fond

deux de l’An –
le « Bonne année » du SDF
à tous les passants

aux pieds du mendiant
assis sur le trottoir
des confettis multicolores

pluie sur le canal –
les mouettes tournent
sur le camp de nomades

nuit sur le camp rom –
un fauteuil roulant à la porte
d’une caravane

au pied de la vitrine
de la « Boutique Minceur »
un mendiant assis

cohue du matin –
d’une SDF l’aumône
d’un sourire

au pied
du conteneur à bouteilles
un sac de couchage

clôture du terrain vague –
des vêtements d’enfants
au soleil de janvier

premiers passants –
au pied de la banque
déjà assise

camp de nomades –
la lueur d’un brasero
dans le soir d’automne

retour de vacances –
le mendiant du centre ville
… plus bronzé que moi

trottoir au soleil –
le vieux clochard contemple
les passants pressés

loin de son pays –
ici pas même un toit
de paille pour la nuit

à cloche pied
vers son coin de rue
le petit mendiant

roms du feu rouge –
un air d’accordéon
dans le flash infos 

miroir brisé –
la dame sans abri
s’épile les sourcils

devant la banque
une bohémienne déchiffre
les lignes de chance

contre le moteur
du manège de Noël
un sans-abri assoupi

poubelles publiques-
le déjeuner en self service
du sans-abri

campement de caravanes
entre périph’ et chantier –
les grues illuminées

la mendiante assise
à la porte de la banque –
le dimanche aussi …

pour mendier
il tend la main
… qu’il n’a plus

cohue de Noël –
lui aussi chagé de sacs
le sans-abri …

banc du square –
autour d’elle sa vie
en sacs plastique

un groupe de sans-abris
sur le trottoir au soleil –
premier jour d’automne

soleil d’août –
couverture sur le dos
il ramasse un mégot

mendiante du square –
son croûton de pain partagé
avec les pigeons

à même le sol
le sans-abri couché
– le flot des passants

rue de Noël –
un homme à genoux
yeux clos, main tendue

« une p’tite pièce, Madame
pour manger – que j’bois pas !
que c’est dur, Madame! »